Essaouira – d’où vient le bleu de Kosmic Blues ?

Essaouira est une ville à l’aura énigmatique. Au bord de l’océan et balayée par les alizés, elle a une lumière qui n’existe nulle part ailleurs, une lumière bleue, teinte d’un voile particulier malgré le soleil. Les murs blancs n’y sont plus vraiment blancs mais les bleus qui habillent les portes et les volets de la médina y sont si lumineux. Et l’indigo, dans ces conditions-là, donne des couleurs d’une profondeur que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

Je ne pense pas que ce soit un hasard. La teinture naturelle est profondément liée à l’endroit où elle se fait : à l’eau, à la température, à l’air. L’indigo du Maroc de David Santandreu porte quelque chose de cette lumière-là. C’est difficile à expliquer rationnellement. Mais je le vois dans mes pièces.

Essaouira port - d'où vient Kosmic Blues
Essaouira médina - d'où vient Kosmic Blues

La rencontre avec David Santandreu

J’ai été formée par David Santandreu, expert teinturier à l’indigo naturel, lorsqu’il était encore dans le sud de la France il y a 3 ans. À présent, il s’est installé sur les hauteurs d’Essaouira où il a fondé sa propre ferme / indigoterie appelée Bab Alma en 2022. Il cultive des plantes à indigo de variété Indigofera Tinctoria, puis l’extrait en pigment et enfin, l’utilise pour monter des cuves pour la teinture, la seule personne en Afrique du Nord à le faire à cette échelle et de A à Z. 

La première fois que j’ai visité son espace de travail, j’ai vu des grandes installations pour pouvoir teindre de grandes quantités de tissus (assez exceptionnel dans le monde de la teinture naturelle) et de nombreuses cuves : chacune à un stade différent de fermentation ou provenant de recettes différentes comme celle datant de traditions anciennes du Maroc. L’odeur était forte, végétale, presque animale. Et au fond, cette surface brun-verdâtre qui indiquait que la cuve était vivante, active, prête.

« Une cuve d’indigo, c’est comme du pain au levain. On ne la crée pas, on l’entretient. Et si on l’abandonne trop longtemps, elle meurt. »

Cette image m’a tout dit sur ce qu’allait être la collection Kosmic Blues. Quelque chose de vivant. De fragile et de robuste à la fois. Quelque chose qui demande une attention quotidienne et qui, en échange, donne une couleur qui ne ressemble à aucune autre. Voilà le point de départ de cette collaboration avec David, l’envie de valoriser et de perpétuer ce patrimoine vivant. 

Champ d'indigofera tinctoria - d'où vient la collection Kosmic Blues

Les bains de teinture en août – comment Kosmic Blues est née

Nous avons teint la collection à partir du mois d’août 2025. En plein été marocain, quand la chaleur aide à la fermentation et que les cuves sont au meilleur de leur forme. Je me souviens d’avoir été là dès le matin, pas pour « assister » à quelque chose, mais parce que les premières heures d’ouverture d’une cuve sont les plus importantes. C’est là que se décide la couleur de la journée : si la cuve allait pouvoir nous offrir tout son potentiel. 

Nous avons immergé les premiers tissus : des soies, des lins, des cotons préalablement décatis. Le premier à sortir était un coton bien rigide, bien lourd. Il était sorti vert un peu irisé. Et puis, au bout de quelques secondes à l’air libre, le bleu a commencé à apparaître. Les premiers bains étaient clairs puis au fur à mesure des trempages de plusieurs minutes et d’oxydation à l’air, sur plusieurs jours de travail, le bleu devenait dense, bleu nuit, avec des variations légères entre les différents coupons. 

« Ce bleu-là existait ce jour-là, dans cette cuve-là, avec ce tissu-là. Il n’existera plus jamais exactement de la même façon. »

Chaque pièce de Kosmic Blues est numérotée comme signe de rareté, d’unicité de ce bleu et pas un autre, de ce moment précis où le bleu de la plante s’est révélé. Ces pièces viennent d’Essaouira, d’un août particulier, d’une cuve montée et entretenue par nous durant des mois. Cette origine est leur identité.

Bab Alma indigoterie
Cuve indigo - d'où vient Kosmic Blues

Pourquoi « Kosmic Blues »

Le nom est venu naturellement, en regardant les pièces sécher au soleil après le bain. Ces nuances de bleu – du presque nuit au presque ciel – avaient quelque chose de cosmique, quelque chose qui débordait de la simple couleur pour dire quelque chose sur l’espace, le temps, la profondeur. « Kosmic » avec un K parce que c’est plus étrange, plus personnel. Blues parce que c’est toujours plusieurs nuances à la fois, jamais un seul bleu, toujours une gamme.

Quand je retournerai à Essaouira, ce sera pour teindre autre chose. Pas la même collection, pas les mêmes couleurs. La cuve aura évolué. La saison sera différente. Ce sera un autre bleu, tout aussi vrai, tout aussi unique. C’est ça que j’aime dans ce travail. Il n’y a pas de répétition possible. Chaque voyage laisse une trace différente.

 

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Collection Kosmic Blues indigo dunes